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« Excusez-moi, je cherche quelqu’un … »
La femme s’arrête juste devant la porte, elle attend sur le trottoir. Elle est belle. Elle a une petite trentaine d’années. Juliette sait que c’est la femme qu’elle cherche.
« Connaissez-vous Ilir Gashi ?
_ Non, je- »
Les yeux de la femme se sont éclairés. C’est elle.
« Je m’appelle Juliette Hugo. Je cherche la femme au 7 rue V. qui connait – ou a connu – Ilir Gashi. Est-ce vous ? »
La femme a peur, elle cherche à fuir.
« Comment …
_ Je vous en prie, dit Juliette, qui n’a pas réfléchi à comment elle s’expliquerait, dites-moi ce que vous savez sur lui. »
Juliette sait que sa tentative est désespérée.
« J’ai connu Ilir il y a bien longtemps. … Quel âge avez-vous ?
_ Vingt-et-un ans. »
Juliette sait que sa réponse surprend. Elle est jeune.
La femme secoue à peine la tête.
« Prenons un café. Je m’appelle Aida Kelmendi. Enchantée. »
Juliette a la gorge nouée.


« Je connais Ilir de la fac de C., commence Juliette. Il finit ses études, mais il est aussi prof, et, au dernier semestre, on était sa classe, et il était notre prof.  Il me plaisait beaucoup, mais c’était d’abord un jeu. Puis il s’est rapproché de nous, ses élèves, en général … et de moi en particulier. »
Juliette regarde ses genoux. Aida a insisté pour lui payer son thé.
« Et … on s’est tellement rapprochés que, un soir, nos lèvres se sont touchées. »
Juliette sait qu’elle a rougi.
« J’avais oublié à ce moment-là, mais, après, je me suis rappelée qu’il vous avait mentionnée.
_ Tu peux me tutoyer.
_ C’était la première fois qu’il me ramenait chez moi, en voiture. Après un cours. Il était passé devant le 7 en riant parce qu’il avait – ou avait eu, je ne sais plus – une copine qui habitait là. »
Aida soupire, mais Juliette doit s’expliquer.
« Sur le moment, je ne comprenais pas ce qu’il y avait de drôle. Maintenant je sais. Dans la liste de filles et de femmes qui ont craqué pour lui et qu’il a embrassées sans un mot, il y en a deux qui vivent à une cinquantaine de mètres d’écart. Deux femmes dans un cycle. Embrassées, presque aimées, oubliées. »
Juliette relève la tête. Aida a baissé la sienne et regarde avec obstination sa tasse de café.
« Pardon, » dit Juliette.
Aida relève la tête. Elle sourit un peu :
« C’était il y a longtemps ; ça ne fait plus mal, hormis peut-être à mon amour-propre. Que veux-tu savoir que tu ne saches pas déjà ? »
Juliette tremble.
« Est-ce vrai ? … Tout ce que j’ai dit, est-ce comme ça que ça s’est passé pour vous ? Est-ce qu’il peut aimer ? Combien de temps pourrais-je espérer l’avoir ? Que savez-vous des autres ? »
Juliette a les larmes aux yeux.
« J’étais jeune, commence Aida. Presque aussi jeune que toi aujourd’hui. Ilir avait trois ans de plus que moi. On s’est rencontrés dans une librairie. Il habitait juste à-côté.
_ Rue de B., murmure Juliette.
_ … Tu sais tout. »
Juliette sourit.
« Il revient dans le quartier bientôt, ajoute-t-elle. Il a signé pour un appartement du côté de E. »
Aida sourit, puis reprend :
« Ca s’est passé assez vite. Je le trouvais plutôt impressionnant. Il parlait de politique, de littérature et de notre pays commun, l’A.. Et il était beau ! »
Juliette rit un peu.
« On avait été boire un verre une fois ou deux, tous les deux. La dernière fois, on s’est embrassés, il est monté chez moi et, au matin, il avait disparu. Je savais que c’était la fin.
_ Mais … vous l’aimiez ? »
Aida se rétracte sur sa chaise, et Juliette regrette.
« Qui n’aimerait pas Ilir Gashi au moins autant qu’il s’aime lui-même ? »
Juliette se mord la lèvre inférieure et lève sa tasse à ses lèvres pour cacher sa gêne. Elle boit et s’étouffe sur son thé. Tandis qu’elle tousse, elle pleure et, encore après, elle laisse ses sanglots la secouer douloureusement.
Ilir, portrait croise
Encore une histoire avec ces mêmes personnages : Ilir et Juliette (et Anghjula et Alexandre, qui n'apparaissent pas ici). J'introduis un nouveau personnage : Aida. On la verra probablement plus dans une autre création dans cette sorte de série.

Chaque fois, ces personnages ont des histoires différentes. Peut-être ne représentent-ils chaque fois qu'une facette de leur image dans ma mémoire.


Enjoy !
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Nuit. Une jeune femme, Juliette, assise sur un trottoir dans une petite rue de Paris, à la limite d’un quartier de sortie. Accroupie devant elle, Anghjula, une main posée sur l’épaule de Juliette. Sur le côté, plus loin, un homme s’approche timidement. Les filles n’y font pas attention.

JULIETTE [voix aigue, forcée, sanglots hystériques retenus] : J’ai essayé, essayé, mais j’en peux plus ! C’est une addiction ! Je suis foutue ! Et le voir, là, qui arrive, cool comme tout ! … Comment est-ce qu’il peut me laisser comme ça, sans rien, après-… après-…

Anghjula lève la tête, remarque l’homme.

JULIETTE : … Tu peux pas ignorer quelqu’un après un baiser comme ça !

ANGHJULA [voix posée, inquiète] : Juliette … Ilir est là.

JULIETTE [lève la tête, colère] : Fine !

Anghjula se lève et s’éloigne lentement, à reculons. Ilir et Juliette se regardent.

ILIR [doutes] : Ca va ?

JULIETTE [bruit entre le rire et le sanglot, puis] : Tu vois ? C’est contre ça que je lutte depuis plusieurs mois maintenant. [doigt accusateur vers Ilir] Toi ! [plus calme, main sur le cœur] Moi. Ce lien de feu que j’ai tissé entre nous. Cette douleur qui me brûle depuis que j’ai découvert si brièvement tes lèvres. [soupir]

ILIR [s’accroupit] : Tu es fatiguée …

JULIETTE : Si seulement c’était ça. Ou l’alcool. Mais ça fait des jours que je me répète ça.

ILIR : Est-ce que tu veux que je te ramène ?

JULIETTE : [soupir] Oui.

Ilir se lève et passe sa main dans ses cheveux. Juliette se lève.

JULIETTE : Ilir …

Ilir prend Juliette dans ses bras et l’embrasse fougueusement. Au fond, côté cour, Anghjula les regarde et tend les bras vers un autre homme, au fond, côté jardin, qui regarde vers le côté jardin.
Une Scene de rue
Certains personnages du Maître et les élèves reviennent, pour un seul acte et une seule scène dans une pièce qui n'a pas de nom.

Enjoy !
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Chapitre LXII :
« Viens »



Lentement, les couleurs valsaient devant les yeux de Deidara. Il redécouvrait ses sens un à un, en commençant par une intense souffrance dans tout son corps.
Les couleurs choisirent une place fixe dans sa vision et des lignes s’y formèrent. Le noir se cantonna à l’arrière-plan. Différentes teintes de chair créèrent un visage. Des joues rondes, des yeux inquiets, des rides autour des yeux et de la bouche et sur le front. Des épis de cheveux gris. Deidara ne reconnaissait pas l’homme.
Puis il remarqua la fleur sur son bandeau, et ses pensées s’ordonnèrent.
Deidara s’assit malgré les protestations du médecin, et il jeta un coup d’œil circulaire sur les alentours. Autant qu’il pouvait en juger, il était toujours là où il avait combattu Madara. Le terrain était trop grand et uniforme pour qu’il puisse en être certain.
D’un côté, plusieurs personnes étaient allongées, assises ou accroupies. Le terrain nettoyé, Madara était parti.
De l’autre côté, il y avait Amaya, de profil pour Deidara. Son corps se soulevait à chaque inspiration, comme si l’air qu’elle trouvait ne lui suffisait plus. Elle était entourée de cristaux, et d’autres tombaient autour d’elle. Ses cheveux volaient et ses vêtements flottaient ; un vent de puissance semblait émaner de son corps. Puis il remarqua ses poignets. Là, le bronze progressait à vue d’œil, atteignant déjà ses mains.
Elle grogna, sa lèvre du haut soulevée, comme un chien qui gronde. Son humanité avait perdu le contrôle.
Elle tenait quelque chose dans ses bras.
« C’est Tama … » murmura le médecin.
Tama. Un chat. Encore un maudit chat.
Deidara tenta de se lever, mais le médecin l’en empêcha. Il semblait chercher ses mots pour le supplier de rester calme. Deidara n’avait pas le temps. Il repoussa le médecin et se remit sur ses pieds. La douleur dans sa poitrine était presque insupportable.
« Attends, commença le médecin, tu n’es pas en état de-…
_ Pfeuh !
_ Tu as failli mourir …
_ Je n’ai pas pour habitude de mourir pour des détails, hmm ! »

Des détails ? Rengu contemplait, bouche bée, l’entendu de l’égo de Deidara. Cet égo était encore plus grand que la blessure de son propriétaire. Si Rengu était arrivé quelques instants plus tard, il n’aurait rien pu faire.
« T’es l’ami médecin d’Amaya, hmm ?
_ Oui …
_ … C’est fou combien ce village est minable, hmm ! Même moi j’ai l’impression d’y connaître tout-le-monde ! »
Rengu se pinça, espérant se réveiller d’un cauchemar surréaliste.
« Quoique, je t’aurais donné 30 ans de moins. »
Rengu crut qu’il allait pleurer. Il jeta un œil sur Amaya, ce qui ne fit qu’augmenter son désespoir.
« Amaya … »

Amaya. De ce que Deidara comprenait, elle tentait d’épuiser son chakra ou peut-être de s’anéantir en tant qu’humain. Quelle que soit la vérité, elle cherchait manifestement à mourir.
« S’il y a une personne qui peut la sauver, c’est moi, hmm ! »
Derrière son calme apparent, Deidara sentait quelque chose brûler en lui. En soi, qu’Amaya meure, il s’en fichait bien. Mais qu’elle veuille mourir ainsi, sans honneur, un chat dans les bras, c’était insupportable. Qu’elle meure en l’oubliant, non.
Il vibrait de rage.
Ce n’étaient quelques jours plus tôt, mais c’aurait pu être cent ans. En entrant dans la gargote située dans une petite rue du village du Bronze, Deidara vit Amaya, accoudée au comptoir, apparemment totalement inconsciente de la grosse main d’un paysan posée sur sa hanche. Tous les clients du bar la regardaient comme un morceau de viande.
La colère s’empara de Deidara. Comment pouvait-elle les laisser faire
ça ?! Il s’avança prestement vers elle, furieux, la saisit par le poignet et sortit avec elle.
Un mot s’imposa dans son esprit pendant un instant – jalousie – puis fut balayé.
Si Amaya devait mourir, ce serait avec lui.
Deidara écarta le médecin gémissant de son chemin. Il était le seul à pouvoir calmer Amaya, il en était certain. Il pouvait tout faire faire à Amaya. Elle l’avait suivi partout, avait tout perdu pour lui. Il était le seul à avoir ce pouvoir sur elle, et il comptait bien le rester.

En s’approchant, Deidara perçut le cri d’Amaya. C’était un cri de puissance surhumain, ininterrompu. Elle fermait les yeux, inconsciente de l’aura nacrée qui l’entourait. Dans un bras, elle tenait le chat, couvert de sang. Son autre bras était tendu sur le côté, sa paume ouverte. Tout son corps rayonnait. Ses cheveux se soulevaient au vent qu’elle créait.
Sa peau luisait, entre le marron et le vert. Son menton changeait de couleur à vue d’œil, tout comme la base de ses mains et ses chevilles.

« Amaya. »
La puissance qui émanait d’elle était considérable. Deidara sentait sa propre peau entaillée par des poussières de cristal.
« Amaya ! »
Elle ouvrit les yeux, et son cri s’étrangla. Toute l’activité autour d’elle s’arrêta.
Deidara devinait avec peine la couleur de ses pupilles. Les paillettes multicolores que Deidara y avaient vues autrefois étaient mortes. De son côté, Amaya le fixait intensément.
« … Non … C’est impossible … »
Deidara ne pouvait détacher son regard d’elle. Jamais il ne lui avait paru aussi important de la voir.
« … Tu devrais être mort. »
Cette déclaration le hérissa. Il était là, devant elle, pour elle, et elle lui reprochait quasiment de vivre encore !
« Ne me sous-estime pas, hmm !
_ Je suis désolée, Deidara. Tama et moi allons moi allons mourir ensemble.
_ Ne fais pas l’imbécile, hmm ! Tu vas arrêter ça.
_ Je ne peux pas. »
Sa voix était aigue, inquiétante. Elle souriait tristement :
« Je vais arrêter cette guerre …
_ Tu vas t’écrouler comme un tas dans le sang de cette bestiole, hmm !
_ C’est trop tard. »
Elle toussa une quantité impressionnante de sang. Le peu de peau qui lui restait était blanc et tiré.
« Je ne peux plus rien arrêter. Si tu voulais éviter des morts inutiles, tu pourrais dire aux innocents de s’éloigner. Sayonara, Deidara. »
Alors même qu’Amaya n’agissait plus sur son chakra, le bronze progressait sur son menton. Dans sa propre colère, Deidara identifia de la peur.
« Arrête.
_ Je ne peux pas.
_ Arrête !
_ Non ! »
Amaya tomba à genoux, le chat toujours dans un bras, et commença à sangloter, le visage caché dans son bras libre.
Deidara s’accroupit devant elle.
« Regard-… Ecoute-moi. »
Amaya leva les yeux vers son visage.
« Donne-moi ça. »
Deidara prit le chat dans son bras gauche. La bête était vivante, mais amorphe.
« Concentre-toi sur ton chakra. Maîtrise-le. »
Amaya déglutit et sera les poings.
Deidara se leva et lui tendit la main :
« Viens. »

Le son du cœur d’Amaya se propageait dans tout son corps. Elle l’entendait dans ses oreilles, dans ses mains, dans sa poitrine … Il se réverbérait dans tout son être. « Viens. » Un mot prononcé sans aucun orgueil. Un conseil. Une invitation. La douceur de ce mot, les possibilités qu’il la laissait imaginer étaient infinies. Il ouvrait des mondes jusqu’alors inconnus à Amaya. Deidara la voulait avec lui, et, pour ce seul mot, Amaya voulait Vivre.
Elle étendit le bras et effleura ses doigts. Il saisit sa main, et il l’aida à se relever.
Pour ce mot, elle aurait suivi Deidara jusqu’aux confins du monde, accompli minutieusement chacune de ses volontés. Pour la chaleur de sa main contre la sienne, elle aurait accepté de n’être même plus qu’une part de lui. Mais Deidara ne lui demandait rien de tout cela : il suffisait à Amaya de venir avec lui. Amaya avec Deidara. Bonheur infini.
« Tiens-lui la main, crut-elle l’entendre murmurer. Tiens-lui la main, et ne la lâche pas. »
Chroniques de cristal - Arc 18 : Amaya et Deidara
C'est la reprise des aventures de Deidara et Amaya, et les choses deviennent vachement sérieuses !

Cet arc est l'arc n°18 (de l'ensemble Seconde Vie + Chroniques de Cristal). Les Chroniques de cristal sont la seconde partie de la Seconde Vie de Deidara.
La seconde Vie de Deidara (et les Chroniques de cristal) raconte la vie de Deidara après sa mort dans le manga et l'anime à la suite de son combat contre Uchiha Sasuke. Evidemment, pour que cette fanfiction tienne la route, je suis obligée de ne pas être canon avec l'oeuvre originale. Je suis à peu près fidèle jusqu'à l'épisode 371 de l'anime inclus (à part qu'il ne peut pas y avoir d'edo tensei de Deidara, évidemment). Et puis, depuis quelques temps, j'ai un peu dit fuck à Shippuden, parce que j'ai pas envie de passer 100 ans sur cette fanfic non plus.

Voici les liens pour les arcs précédents :
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PARTIE 1 : ILIR ET ALEXANDRE

CHAPITRE 1 : VENDREDI : LES MAITRES DE CONFERENCE


Le soleil s’était levé depuis quelques heures seulement, mais l’air était déjà chaud. Une douce odeur de résineux flottait dans l’air sec. Le café était situé en bordure de campus, devant les grandes pelouses. Des étudiants s’y retrouvaient pour travailler ou pour passer le temps. La météo californienne incitait à la contemplation.
Ilir était attablé à une terrasse, et il regardait les allées et venues sur le campus. Un groupe de filles passa ; elles avaient des accents américains si prononcés qu’Ilir les comprit à peine, surtout avec son habitude de l’albanais. Il sourit et sirota son café.
Dans trois jours, il saurait s’il avait obtenu son diplôme. En attendant, il était libre de faire ce qu’il voulait. Tout d’abord, prendre son temps. Ensuite, voir des amis, voir des professeurs, écrire un article … Puis le diplôme probablement. Puis peut-être le casino à Las Vegas … Puis le retour en France. Oh, il devait trouver des stylos de l’université pour les rapporter.

                                                                                *
                                                                             *    *

Alexandre alluma une énième cigarette, jeta un œil sur son ordinateur et écrasa rageusement la cigarette contre le cendrier.
Sa thèse n’avançait pas. Il n’arrivait pas à se concentrer ; tout son travail lui sortait par les yeux. Autant faire autre chose.
Il regarda ses mails. La scolarité de l’université lui avait répondu – enfin. Pas de salle disponible pour avancer le cours. Alexandre grogna. L’horaire embêtait les élèves, mais l’embêtait lui aussi. Personne n’avait envie de gâcher tout son lundi après-midi pour un seul cours.
Il ferait donc son cours  à l’horaire habituel de celui d’Ilir, profitant de l’absence de celui-ci.
Alexandre avait son propre cours – celui qu’il devait rattraper – mais il était aussi le chargé de TD d’Ilir. Ilir Gashi et Alexandre Leclerc, tous deux doctorants et tous deux profs de la même classe.
Ilir lui avait demandé de raconter comment se passaient les exposés pour sa matière. Il avait certainement oublié cette demande, mais tant pis. Tant qu’à procrastiner sa thèse, autant faire quelque chose d’utile. Les exposés en question n’étaient pas mauvais. Et ça l’éloignerai de la Cisjordanie et de la question de la territorialité.

                                                                                *
                                                                             *    *

Ilir rentrait lorsqu’il regarda ses mails. Alexandre lui avait écrit. Un courriel plein de parenthèses et de phrases sans fin.
Après de rapides questions sur son séjour aux Etats-Unis, son chargé de TD lui racontait les exposés de la semaine écoulée. Pourquoi lui disait-il cela ?
Deux groupes étaient passés, car Alexandre avait eu un cours à rattraper. Le premier dont il parlait avait travaillé sur la citoyenneté européenne et avait présenté un exposé correct, bien que pas très original. Le second groupe avait étudié les migrants, et les étudiantes avaient semblé très impliquées dans leur sujet.
Ilir sourit en voyant leurs noms. A quelques jours d’écart, Juliette et Alice l’avaient demandé sur LinkedIn. Elles étaient toujours présentes en cours.
Ilir rédigea une réponse  et l’envoya sans relire autre chose que sa grammaire.

                                                                                *
                                                                             *    *

Alexandre appela Marie, une copine, espérant pouvoir prendre un verre avec elle et quelques autres amis le soir-même.
« …Nan, désolée, je vois ma copine ce soir, et demain samedi aussi. Mais si t’es OK dimanche soir, on peut se mettre bien !
_ Mais je bosse lundi.
_ Ta classe ?
_ Pas que.
_ Ha, j’arrive toujours pas à croire que t’es prof, là … Ils sont mignons tes élèves ? Ils sont pas trop chiants ? Ils travaillent bien ?
_ C’est pas des maternelles, hein, ils ont 20  ans.
_ Rhooooh ! … Bon, je te laisse, ma copine va arriver, et je dois m’épiler !
_ … Je ne veux pas savoir.
_ Bisou bisou ! »
Alexandre raccrocha. Cette fille était géniale, elle faisait partie de ses meilleurs amis, mais ce qu’elle pouvait lui taper sur les nerfs, parfois …
Tiens, une réponse d’Ilir. Pour une fois qu’il répondait dans des délais et à des heures normales … d’autant plus qu’il était aux Etats-Unis. Peut-être les deux décalages s’étaient-ils entre-annulés.
Dans cet ordre, Ilir le remerciait vaguement pour le compte-rendu des exposés (il avait manifestement oublié qu’il les avait demandé), il lui parlait rapidement de ce qu’il faisait aux Etats-Unis (ainsi que, pour une raison inconnue, de la première fois qu’il était venu à Paris) et il lui racontait que, après son dernier cours, il avait ramené trois de ses élèves sur Paris. D’ailleurs, l’une d’elle vit dans le quartier où il habitait auparavant, c’est drôle comme coïncidence, tu ne trouves pas ?
Alexandre pinça ses lèvres plusieurs fois, pour se calmer. Puis, n’y tenant plus, il s’écria dans le vide :
« Putain, est-ce que tu te rends compte à quel point c’est louche ? On ne ramène pas les élèves chez eux, ici ! On ne leur demande pas où ils vivent ! Surtout pas les filles ! »
Il faillit envoyer immédiatement une réponse dans le même esprit, mais il s’arrêta. Tout l’énervait ; il était fâché pour n’importe quoi ; ce n’était pas normal. C’était sa thèse qui le frustrait.
Il allait plutôt mater un film. Celui avec le type qui voulait détruire l’humanité pour sauver la planète. C’était un film débile, mais ça serait parfait.


CHAPITRE 2 : LUNDI : DES STYLOS ET DES BIERES

« Bonjour !
_ Bonjour, vous désirez … ?
_ Où est-ce que je peux trouver des stylos ?
_ Pardon ?
_ C’est pour mes élèves, j’ai dit que je leur rapporterai des stylos … »
La secrétaire regarda à droite, puis à gauche. Elle allait demander à son collègue.

                                                                                *
                                                                             *    *

En plus des habituelles formules de politesse légèrement trop emphatiques et chaleureuses, le courriel disait simplement « Est-ce que tu veux un stylo de l’université ? J’en prends pour les étudiants. »
Alexandre se figea un moment, bouche ouverte devant son écran. Puis il grogna. Il faillit ne pas répondre, mais il avait déjà ignoré son mail précédent.
« Non. »
En relisant ce courriel monosyllabique, Alexandre se dit qu’il était peut-être plus passif-agressif qu’il ne voulait le paraître. Il en envoya donc un second :
« Je pense que tu devrais cloisonner un peu plus entre le privé et le professionnel. »
Il reçut une réponse quelques instants plus tard. Apparemment, ses élèves voulaient ces stylos.
Décidément, c’étaient peut-être eux qui étaient étranges. Il avait cours avec eux dans quelques heures. Il les observerait.

                                                                                *
                                                                             *    *

En apprenant la nouvelle, la première la première personne qu’Ilir voulait appeler était son père, en Albanie, puis ses frères.
Il avait son diplôme.
Il rédigea un long message pour les réseaux sociaux, et il modifierait son profil LinkedIn plus tard.

                                                                                *
                                                                             *    *

Pendant ce temps, Alexandre observait ses élèves. Une large majorité de filles. Des grandes, des petites. Des blondes, des brunes. Des looks variés, mais pas trop originaux. Une ou deux assez mignonnes.
L’une des étudiantes pianotait sur son portable d’une main et prenait partiellement le cours en note de l’autre. On sentait un long entrainement derrière cette pratique. Elle coula un regard rapide vers Alexandre et éloigna son portable de quelques millimètres tout en raffermissant sa prise sur son stylo. C’était Juliette. Sa voisine gloussa légèrement et poussa vers elle une pile de demi-feuilles couvertes d’encre bleue. C’était Alice. Juliette leva les yeux vers elle et elles échangèrent un regard complice.
Sentant qu’il perdait le fil de son cours, Alexandre arrêta là ses observations.

                                                                                *
                                                                             *    *

Ilir avait envoyé à ses élèves un mail dimanche soir (lundi matin très tôt pour eux) à propos du cours, mais, réalisant que c’était justement l’horaire habituel dudit cours, il décida de leur en envoyer un autre. Il avait dit qu’il leur rapporterait – en plus des stylos – de quoi boire un coup après le prochain cours. Ce serait sympa.

                                                                                *
                                                                             *    *

Alors qu’Alexandre finissait son cours, il sentit une certaine agitation s’emparer d’un groupe formé d’Alice, Juliette et Anghula. Il connaissait moins bien la dernière, car il ne l’avait pas vue en exposé, mais il savait qu’elle était Corse, comme lui.
En quittant la salle, il crut les entendre murmurer :
« Ilir nous a envoyé un autre mail !
_ Il va nous ramener des bières !
_ On lui fait la cuisine ? »
Il avait mal entendu. Il avait forcément mal entendu.


CHAPITRE 3 : LUNDI : ALCOOLS

C’était le lundi suivant. La petite fête post cours battait son plein. Cependant, après quelques bières, des regards avaient changé. Le maquillage avait à peine coulé, mais, surtout, quelque chose s’était allumé dans certaines pupilles. Les gestes étaient plus flous, mais aussi plus ronds. Une ou deux filles s’étaient presque imperceptiblement rapprochées.
Ilir remarquait cela mais n’y faisait pas attention. Il cherchait vaguement à comprendre. Puis l’illumination. Des filles.
C’était flatteur, certes. L’une d’elles lui plaisait bien, certes. Mais pouvait-il vraiment …

                                                                                *
                                                                             *    *

Lorsqu’Alexandre ouvrit la porte, il se figea pendant plusieurs secondes.
Il avait voulu venir voir Ilir à la fin de son cours pour lui parler de notation, mais aussi pour dissiper un vague doute qui le mettait mal à l’aise.
Echec total.
Ilir avait ramené les bières. Et les filles avaient fait la cuisine. La proportion de shorts et de jupes courts dans la pièce était déroutante. La quantité de maquillage aussi.
En apercevant Alexandre, une ou deux filles gloussèrent. Olga, Alice, Anghula et Juliette se regardèrent. La haine se lisait soudain dans le regard des deux dernières.
Ilir, lui, était fidèle à lui-même. Il portait un costume bleu roi qui seyait à son teint mat. Ses cheveux mi-longs à peine esthétiquement décoiffés et sa barbe naissante lui donnaient un air d’intello libéral soigné mais cool. Ses traits étaient réguliers, calibrés comme ceux des statues grecques, sauf peut-être son nez, un peu trop grand. Derrière ses lunettes, Alexandre devinait une étoile de malice dans ses yeux.

                                                                                *
                                                                             *    *

Quelques minutes plus tard, la fête était finie. Alexandre resta seul avec Ilir. Il semblait vouloir se poser en moralisateur, mais c’était contre sa nature : il n’y parviendrait pas.
Pourtant, devant ses étudiants, il devait pouvoir faire peur. Il était assez grand, très longiligne. Il s’habillait toujours en intello négligé à la française, peut-être par affirmation identitaire, peut-être par flemme, peut-être les deux. Il avait des cheveux et une barbe noirs. Les premiers étaient bouclés, même si coupés assez courts. La seconde était encore irrégulière, comme celle d’un ado. Ses sourcils fins adoucissaient son visage et laissaient son expression à ses yeux, deux charbons, alternativement chauds ou froids, cassants ou interrogateurs, mais toujours un peu dubitatifs.

                                                                                *
                                                                             *    *

« Tu sais qu’il y a un lac par ici ? demanda Ilir à brule-pourpoint. Après le dernier cours, on pourrait y faire un pique-nique avec les étudiants, et Nathalie, et …
_ Est-ce que tu as déjà vu un prof faire ça ?
_ Je sais pas, mais ça serait relax, haha ! »
Ilir sourit et fit une sorte de clin d’œil involontaire. Alexandre avait du mal à le regarder dans les yeux lorsqu’il faisait ça.
« C’est très bizarre, surtout.
_ C'est des étudiants, ils sont grands …
_ C’est tes élèves.
_ C’est nos élèves.
_ C’est pas ce que je veux dire. Tu devrais séparer le pro et le perso …  »
Alexandre abandonna la confrontation. Ilir ne voulait pas comprendre. Ils rangèrent la salle et sortirent du bâtiment. Les élèves étaient rentrés chez eux.
« Je pensais passer à Paris, commença Ilir. Je te ramène en voiture ? »
Alexandre abdiqua. Ilir le déroutait trop ; c’était un effort trop grand que de vouloir garder une logique face à lui. Il fallait pour le supporter le suivre dans son monde, du moins jusqu’à un certain point.

                                                                                *
                                                                             *    *

« … ils ont juste profité du bordel qu’on causé les Américains, et-…
_ On est arrivés ! fit Ilir. Tu vas écrire tout ça dans ta thèse ?
_ Je voudrais bien.
_ Haha, je vois ! »
Ilir avait encore fait son clin d’œil bizarre.
Alexandre descendit de la voiture, et Ilir reprit :
« Ce sera trop tard pour ce que je voulais faire à Paris, finalement …
_ Donc tu ne fais rien ce soir ? »
Alexandre avait posé cette question sans y penser. Il avait une idée, un instinct.
« Rien de particulier. Pourquoi ?
_ Tu n’as pas des bières à finir ?
_ Et toi, tu fais quelque chose demain ?
_ Je ne crois pas. Allez monte. »
C’était le bordel chez lui. En plus, il aurait dû bosser.

                                                                                *
                                                                             *    *

Pour les bières, Ilir avait peut-être vu un peu large.
Les deux hommes avaient une bonne descente, mais Ilir avait de l’avance. Au début, il avait débattu avec Alexandre de l’avenir du libéralisme. Puis il l’avait écouté un peu. Puis son esprit avait dérivé.
« … petite parenthèse, on pourrait dire que-…
_ Tu vois Maître Gims ? »
Alexandre le fixa en silence. Il était dans le fauteuil en face de celui d’Ilir, il pinçait les lèvres, ses grandes mains en l’air – il parlait parfois avec les mains, un truc méditerranéen – et une boucle rebelle qui se détachait au-dessus de la masse de ses cheveux.
Soudain, tout sembla dans l’esprit d’Ilir incroyablement drôle. Il se mit à rire, et Alexandre se leva, l’air en colère. Ilir se leva aussi. Ainsi, ils étaient tout près l’un de l’autre. Alexandre était un peu plus grand que lui.
« Je me demandais parce que- … »

                                                                                *
                                                                             *    *

Peut-être serait-ce la seule occasion qu’Alexandre aurait jamais de comprendre comment les idées d’Ilir étaient organisées. Celui-ci passa sa main dans ses cheveux. Il était vachement beau mec, quand-même, criait toute la bière est-européenne qu’Alexandre avait ingurgitée. Il pinça ses lèvres
Il saisit Ilir d’une main par la nuque, et il approcha sa tête de son propre visage jusqu’à ce que leurs nez se frôlent. Sa main était mêlée à ses cheveux.
Ils se regardèrent dans les yeux. Ilir avait les siens légèrement écarquillés. Ses lèvres s’entrouvrirent, de surprise sûrement.

                                                                                *
                                                                             *    *

Les yeux noirs d’Alexandre semblaient fouiller Ilir, le scanner jusqu’aux tréfonds de son âme. Quelque chose en lui était décidé.
Ilir n’eut pas le temps de réagir.
Alexandre inclina la tête de quelques degrés et l’embrassa.

                                                                                *
                                                                             *    *

Alexandre ferma les yeux et, ce faisant, il fit taire sa raison.

                                                                                *
                                                                             *    *

Ilir voulait résister, mais il ne pouvait pas. La main d’Alexandre maintenait sa tête.
Il ferma les yeux par dépit. C’est alors qu’il fut entraîné, et il ne voulut plus résister.



PARTIE 2 : LES CONSEQUENCES

CHAPITRE 4 : MARDI : ORIENTATION


Alexandre ouvrit les yeux, encore sous le pouvoir de rêves confus. Il était couché dans son lit, sur le ventre, le bras droit étendu sur le côté comme s’il cherchait à saisir quelque chose.
Ilir.
Alexandre se redressa vivement, mais une douleur sourde sous son crâne le fit retomber le visage contre l’oreiller.
Les images défilaient dans son esprit. Il essayait de les bloquer, sans grand succès.
Il se redressa à nouveau, plus lentement. Il était seul dans son lit. Il n’y avait aucune trace d’Ilir dans la chambre. N’était-ce qu’un rêve ?
La gueule de bois d’Alexandre tendait à prouver le contraire. Il se leva (en ménageant sa tête et son sens de l’équilibre) et se rendit dans le salon-cuisine. Quelqu’un avait débarrassé les bouteilles, mais l’ouvre-bouteille trônait toujours sur la table.
Alexandre se versa un verre d’eau, qu’il but d’un trait, et il retourna se coucher.
« Putain de bière albanaise de merde … »

                                                                                *
                                                                             *    *

Ilir ne s’était jamais senti aussi désemparé. Lorsqu’il avait un problème, il savait qu’il pouvait toujours appeler quelqu’un de sa famille. Mais, cette fois, c’était différent. Ils ne comprendraient pas. Ils se moqueraient de lui.
Il appuya sur l’accélérateur. Il voulait fuir son propre esprit, mais cette tentative était vouée à l’échec.
Chaque pensée de cette soirée salissait la langue dans laquelle il la formulait, la langue de ses pairs, de ses pères et de son père. Pour fuir le jugement de sa conscience, il chercha à penser en français. Mais c’était pire.
Ilir n’était pas … il ne serait jamais … Tout ça, c’était bon pour les autres, pas pour lui … Il aimait les femmes, merde !
Alors pourquoi Alexandre … ?

                                                                                *
                                                                             *    *

Le téléphone d’Alexandre vibra. Il le chercha de la main à-côté de son lit quelques secondes, puis vit que c’était Marie qui l’appelait.
« … Allo …
_ T’as l’air complètement mort, mon pauvre vieux !
_ J’ai testé la bière albanaise.
_ Mais t’as trouvé ça où ?
_ Un … comment dirais-je ? collègue …
_ Oh, l’Albanais, c’est celui qui est perché, non ?
_ Ouais, on va dire ça.
_ C’est Ilir son nom, c’est ça ?
_ Comment tu te souviens de ça ?
_ Je sais pas, c’est pas courant comme nom, non ? »
Alexandre soupira :
« Ecoute, tu tombes bien, j’avais une question.
_ Dis-moi tout !
_ Comment tu sais que tu es lesbienne ?
_ Bah c’est tout simple : je préfère coucher avec des filles qu’avec des mecs.
_ Ah. Chouette.
_ Alors, pourquoi cette question ? Me dis pas que toi, le mec le plus hétéro de la terre-…
_ Je n’ai jamais dit ça.
_ … le mec le plus détaché de la terre … serait-il tombé amoureux ?
_ Je n’ai jamais dit ça.
_ Il est comment ? … Non, laisse-moi deviner : grand, un peu blond, avec une queue de cheval, un look d’intello négligé, des lunettes …
_ Je n’ai JAMAIS-
_ Oh non … ILIR ?
_ Tais-toi.
_ Avoue que c’est trop drôle !
_ Non. C’est pas drôle. Non non non non.
_ Bon, si tu le prends comme ça, je raccroche ! Je te laisse phaser sur ta gueule de bois et ton orientation sexuelle. D’ailleurs, ta thèse avance, avec tout ça ? Bisou bisou !
_ Garce. »
Elle avait raccroché.
Alexandre se leva et chercha (sans grand espoir) une aspirine.

                                                                                *
                                                                             *    *

Ilir rentra chez lui se sentant toujours désorienté. Il prit une douche et alla se coucher.
Il était 10h du matin.


CHAPITRE 5 : MERCREDI : STABILISATION

Alexandre décida d’ignorer les événements de lundi soir. C’est pourquoi il se présenta en cours mercredi midi comme si de rien était et sans faire la moindre référence à la petite fête d’Ilir.
Tout semblait revenu à la normale. Ses élèves suivaient le cours (du moins un minimum) et participaient lorsqu’ils y étaient activement poussés.
Puis, comme à chaque fois, l’attention des étudiants se relâcha un peu pendant l’exposé. Alexandre s’empêcha de les regarder. Il devait rester concentré sur son travail.

                                                                                *
                                                                             *    *

Ilir envoya avec moultes précautions un mail à ses étudiants avec les diapositives du dernier cours. Il voulait aussi mettre un petit mot enjoué sur leur petite fête, mais il ne savait pas quoi dire. Il passa vingt minutes à rédiger une phrase, et, lorsqu’il envoya enfin le courriel, il n’en était pas pleinement satisfait.
Le souvenir d’Alexandre le mettait mal à l’aise, parce que ce souvenir lui plaisait étrangement. Toutefois, cela n’était pas possible : ce soir-là, c’était comme si quelqu’un avait pris les décisions d’Ilir à sa place. Il n’était pas, il ne pouvait pas être, comme cela.
C’était le cri déchiré de son identité qu’il sentait lui échapper.
Il avait fui l’appartement d’Alexandre, et il aurait voulu fuir Alexandre. Malheureusement, il ne le pouvait pas. Il ne pouvait que tenter d’ignorer ces souvenirs gênants, parler d’autres choses, faire d’autres choses.
Il allait travailler.



PARTIE 3 : LA FIN ET LE DEBUT

CHAPITRE 6 : LUNDI : BRISER LE STATU QUO ?


C’était de sa faute : Ilir n’aurait pas dû proposer une fête à la fin du dernier cours. Désormais, ses élèves la voulaient absolument. Ils désiraient aussi y inviter Alexandre, ainsi que Nathalie Lionet, l’une de leurs enseignantes et donc de ses collègues.
Ilir était obligé d’accepter. D’une certaine manière, cette idée lui plaisait aussi. Ce serait un pique-nique, après leur dernier cours ensemble, qui serait aussi le dernier cours de leur licence. Ilir accepta donc, mais il demanda aux étudiants d’en parler eux-mêmes avec les professeurs qu’ils voulaient inviter.
Il tentait de maintenir les relations avec Alexandre à un minimum. Il se forçait aussi à regarder cette élève qui lui plaisait un peu, Juliette ... Ca le forçait à penser à autre chose. De plus, il lui semblait que, de son côté, elle était assez intéressée …

                                                                                *
                                                                             *    *

Alexandre ne pouvait s’empêcher de penser à Ilir. Il tentait simplement de ne pas le montrer.
Les deux hommes ne s’appelaient plus au téléphone comme avant le séjour d’Ilir aux Etats-Unis. Ils communiquaient par courriels. Ceux d’Ilir étaient exactement comme auparavant. C’était comme si leur auteur n’avait pas ressenti de changement, comme si les événements glissaient sur lui. Alexandre, lui, avait laissé tomber les formules de politesse. Cela donnait à sa correspondance une plus grande impression de proximité, mais aussi de désinvolture, presque du mépris. C’était sa manière de maintenir la distance, sa barrière, sa protection.
« Amoureux ? » lui avait demandé Marie.
Non. Non non non non non.

                                                                                *
                                                                             *    *

« Une copine ? » demanda son frère à Ilir, sur Skype.
Haha ! non ! Non. Pas de copine.
« Ne me dis pas qu’aucune petite Française ne te plait, je ne te croirais pas ! Petit charmeur, va ! »
Haha, non. Il n’y avait pas de petite Française – sauf peut-être l’étudiante. Mais c’était toujours délicat, avec les élèves.
Maudit Alexandre.


CHAPITRE 7 : LUNDI : ERREMENTS

Le pique-nique se déroulait près du lac voisin de l’université, et il était très arrosé. Ilir y découvrait des élèves qu’il n’avait jamais vus : ils étaient plus nombreux qu’il ne l’aurait cru. Alexandre et Nathalie étaient aussi présents.
Un cercle d’étudiants s’était formé autour de Nathalie, avec celle-ci et Olga en son centre. Ilir était au bord de ce cercle, avec son propre cercle – plus petit – autour de lui. Alexandre était plus loin, et son cercle était plus distant mais aussi important que celui de Nathalie.
Dans le cercle d’Ilir, une fille – Juliette – se rapprochait déjà.

                                                                                *
                                                                             *    *

Alexandre avait accepté l’invitation de ses élèves principalement par curiosité. Il voulait voir leurs interactions avec Ilir, il voulait voir Ilir et il voulait voir les interactions des élèves avec lui, Alexandre. Toutefois, là n’était pas sa seule motivation : il ressentait le besoin impérieux de s’approcher d’Ilir. Leur soirée ensemble avait créé en lui une envie irrépressible d’Ilir et, désormais, cette envie le dominait. Elle était devenue un besoin.
Il était à ce moment à quelques mètres d’Ilir. Alors qu’il avait cru que son appétit s’estomperait alors, il était en fait devenu plus fort.
Mais l’objet de ses désirs semblait ailleurs, comme toujours. Indifférent.
Alexandre sentit les cercles d’étudiants se mouvoir, et il en profita pour rejoindre Nathalie.
Celle-ci regardait du côté d’Ilir d’un air dubitatif. Alexandre suivit son regard et vit son collègue très près de Juliette. Le serpent de la jalousie se dressa en lui.
Alexandre et Nathalie se mirent d’accord d’un regard. La femme s’approcha d’Ilir, suivie d’Olga et de quelques autres, et elle se joignit à son cercle. Alexandre attendit quelques secondes puis se rapprocha de son collègue.
En quelques instants, la dynamique du groupe s’était rompue : Nathalie et les étudiants avaient formé un groupe et Ilir et Alexandre un autre.
« Tu voudrais me faire la morale, non ?
Alexandre était pris au dépourvu.
« Non, » fit-il.
Sans se concerter, ils se mirent à marcher vers le lac.

                                                                                *
                                                                             *    *

Alexandre avait pris un air buté, comme un enfant pris en tort. Ilir en rit doucement, mais l’autre ne se dérida pas.
« C’est comme la fin d’une époque, ici. »
Alexandre regardait fixement l’eau souple sur laquelle se reflétait le soleil vieillissant.
« Pour les élèves, oui.
_ Et toi, insista Ilir, tu ne le sens pas ?
_ C’est la fin d’une année scolaire. L’année prochaine, il y en aura une autre. C’est tout.
_ Tu penses rester à la fac ? demanda Ilir.
_ Oui.
_ Cool. »
Alexandre détacha ses yeux de l’eau et approcha son regard d’Ilir, sans toutefois le poser sur lui :
« … Et toi ?
_ Pareil. »

                                                                                *
                                                                             *    *

Alexandre aurait voulu dire que cette fin n’était qu’un début. Cependant, il croyait enfin comprendre les sentiments d’Ilir. C’était une fin, au sens que rien de ce qui avait été planté durant l’année ne germerait. Ilir et lui étaient collègues, peut-être même amis. Tout le reste était superflu, contre-nature. La distance était nécessaire, une distance qu’ils devaient encore apprendre à placer, avec leurs différences culturelles et personnelles.

                                                                                *
                                                                             *    *

Ilir retrouvait en lui les sensations de leur fameuse soirée ensemble. Son cœur s’était légèrement déréglé, et il se sentait prêt à se remettre entièrement en cause. Toutefois, cette fois, Alexandre maintenait une distance ferme. Ilir bénissait et maudissait à la fois cette distance.
« C’est bien qu’on se retrouve, dit-il.
_ Hm. »
Alexandre tourna son visage vers Ilir, et leurs regards se croisèrent. Celui d’Alexandre semblait mélancolique.


CHAPITRE 8 : LES SENTIMENTS

« Pardon pour l’autre jour, » dit Alexandre.
Il regardait Ilir, mais il se frottait machinalement la barbe d’une main, comme s’il voulait se cacher derrière elle. Ilir était touché.

                                                                                *
                                                                             *    *

« Il n’y a pas de pardon. »
Alexandre se crispa : comment ça « pas de pardon » ? Cela voulait-il dire que c’était oublié ou au contraire que c’était impardonnable ?
« C’était cool. »
Alexandre et Ilir étaient face à face et soudain très proches l’un de l’autre, avec le lac tout près.
Un souffle de vent passa et fit tomber une mèche de cheveux devant les yeux d’Ilir. Alexandre sourit et la dégagea doucement. Il voulait garder sa main dans ses cheveux, mais Ilir prit ses doigts dans les siens et les retira. Leurs mains retombèrent, mais leurs doigts étaient toujours entrelacés.
Ilir leva son visage pour qu’il soit à la hauteur de celui d’Alexandre, et il l’embrassa, lèvres contre lèvres, doucement, rapidement, presque furtivement. Puis il l’embrassa à nouveau, pinçant presque la lèvre inférieure d’Alexandre avec les siennes. Puis il se détacha et se raccrocha à sa bouche, encore et encore.
Est-ce que c’était ça, un baiser de cinéma ? Alexandre chavirait.

                                                                                *
                                                                             *    *

Ilir avait perdu toute conscience du monde extérieur.

                                                                                *
                                                                             *    *

Le monde extérieur, lui – notamment en la forme de Nathalie – n’avait pas perdu toute conscience. Elle discutait avec Olga lorsque quelque chose à la frontière de sa vision attira son attention. Elle tourna la tête et vit Ilir et Alexandre, enlacés, lèvres scellées, dans le soleil couchant.
Olga suivit son regard, et elle se mit à rire :
« Alice ! Anghula ! Juliette ! » fit-elle en se retournant vers ses amies.
Celles-ci regardèrent dans la direction qu’Olga indiquait, et elles gloussèrent toutes. Nathalie crut entendre Juliette murmurer :
« La réalité rejoint vraiment la fiction ! »
Elle souriait, mais, lorsqu’elle passa près de Nathalie, celle-ci vit qu’elle avait les yeux mouillés.
Nathalie n’aimait pas fixer les autres du regard ; pourtant elle resta longtemps les yeux posés sur Ilir et Alexandre. Le soleil couchant leur figurait une auréole qui aveuglait Nathalie. Les deux hommes avaient ainsi l’apparence d’une révélation, qui devenait alors plus qu’une vérité : une évidence.
Ils étaient parfaits.
Les Maitres et les eleves
Voici une petite nouvelle sur des professeurs (et un peu sur leurs élèves).

DISCAIMER : Au départ, les personnages sont basés sur de véritables personnes (sauf Marie). Mais j'ai pris des énormes libertés avec leurs noms, origines, personnalités ... De plus, l'histoire elle-même est totalement fictive.

Voilà voilà, je ne sais trop quoi ajouter. A part que si vous n'aimez pas les histoires homo-érotiques, abstenez-vous. :3
Sinon, enjoy !
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Chapitre LVIII :
Le temps des malédictions – Kagome



Natsuhana Shotoku mourut prématurément dans son sommeil, et Sakae devint kage des Fleurs par une forme de discrète révolution dont elle avait le secret. Avant elle, tous les kage étaient issus de familles nobles. Celle de Sakae était une honnête famille dont les hommes étaient membres des Forces spéciales et les femmes infirmières.
Avant Sakae, tous les kage étaient des hommes. Sakae avait refusé de suivre la voie de la médecine. Elle voulait se battre pour son village.
Avant Sakae, tous les kage gouvernaient seuls. La première décision de Sakae avait été de renforcer le Conseil. Elle avait ensuite doté le village de ce qu’elle avait appelé une « loi fondamentale, » qui décrivait les règles et principes sur lesquels était fondé le village. L’un des principaux rédacteurs de ce texte avait été Chikanori, le sensei de Sumiyo, Kuroko et Yūichiro. Il avait vite été proposé pour rejoindre le Conseil et en était rapidement devenu l’une des figures centrales.
Le village semblait prêt à sortir de l’époque de peur qui avait prévalu depuis la mort du Huitième Héros.

C’est dans cette atmosphère que Yūichiro dit un jour à Sumiyo, alors qu’ils attendaient Chikanori qui devait leur remettre un ordre de mission à effectuer quelques jours plus tard :
« Tu devrais faire attention ; si ça continue comme ça, tu finiras mariée.
_ Comment ça ?
_ Ca fait longtemps, avec Kuroko … » soupira Yūichiro.
Il était toujours amoureux de Sumiyo, mais il avait développé une sorte de tendresse pour la relation de celle-ci avec Kuroko.
« Jamais ! s’exclama Sumiyo en riant. Et surtout pas avec lui !
_ Pourquoi pas ?
_ Ce serait ridicule.
_ Ah ? »
Sumiyo ne répondit pas. Kuroko, justement, arrivait.
« Yūichiro voudrait nous voir mariés, » le salua-t-elle.
Kuroko ne dit rien, mais Yūichiro se sentit obligé de s’expliquer :
« C’est pas que je veux- mais pas non plus que je ne veux pas- enfin … Pourquoi pas ? Vous- enfin … »
Kuroko et Sumiyo se regardèrent un moment en silence, les yeux brillants.
« Tu pourrais fuir un peu ta famille … commença Sumiyo.
_ Personne ne suggérerait jamais que tu finiras vieille fille …
_ Je n’aurais plus besoin de te chercher entre les Archives, la résidence des Natsuhana et je-ne-sais-où pour te parler …
_ On se verrait tous les jours …
_ … C’est vraiment un avantage, ça ? »
Kuroko sourit.
« Deal ? demanda Sumiyo.
_ Deal. »
Le regard de Yūichiro allait de l’un à l’autre, hésitant :
« Vous venez vraiment-… Vous vous êtes vraiment demandés en mariage, là ? »

                                                                                *
                                                                             *    *

« Kuroko, Sumiyo, je voulais vous parler avant votre départ. »
Les jeunes mariés se tenaient devant le bureau de Sakae qui était assise, l’air grave. Chikanori était debout sur le côté, dans l’ombre. Il semblait attendre son heure, comme un oiseau de proie dans le désert.
« Chikanori-san vous a parlé de nos craintes. Je veux que le village soit en sécurité … Avez-vous pris votre décision ? »
Sumiyo laissa la question planer quelques instants avant de répondre :
« Kuroko et moi-même avons chacun une condition. »
Dans l’ombre, Chikanori prit une inspiration rapide, comme s’il voulait parler, mais ce fut tout.
« Dites-moi, demanda Sakae.
_ La mienne, dit Sumiyo, est de pouvoir d’abord réaliser nos projets, c’est-à-dire de pouvoir parcourir le monde.
_ Accordé, sourit Sakae. Vous pourrez de plus tenir les Fleurs informées de la politique des autres villages. »
Sumiyo acquiesça et, pendant un moment, la pièce resta silencieuse. Puis Sakae regarda Kuroko.
« Je veux, dit-il lentement, que cet enfant ne souffre pas de sa condition. »

                                                                                *
                                                                             *    *

Kuroko et Sumiyo rentrèrent de voyage deux ans plus tard. Quelques mois après, à la fin d’une nuit pluvieuse, naquit une petite fille pour laquelle son père proposa le nom d’Amaya.

Alors que le nouveau-né découvrait le monde, le projet Arme fatale entrait en application. D’un côté, Chikanori réalisa des expériences médicales et des tests sur l’enfant, et leurs résultats semblèrent relativement positifs. D’un autre côté, Sakae convoqua Kenta, et lui annonça qu’il serait un jour le sensei de la petite fille. En revanche, on lui confierait avant une autre équipe, de manière à ce qu’il soit rôdé dans son rôle.

                                                                                *
                                                                             *    *

L’équipe de Kenta était atypique. Elle était composée de Nobuo, Yasushi et Kagome, qui étaient trois cousins du clan Natsuhana. Nobuo et Yasushi étaient grands et blonds. Le premier avait les yeux bleus et le second les yeux dorés. Ils étaient tous deux intelligents et doués, et on les considérait comme la relève du clan Natsuhana. Kagome était une fille à la peau diaphane et aux longs cheveux souples, eux aussi blonds. Elle était belle et intelligente, mais elle n’avait que peu de chakra. En revanche, elle avait une bonne maîtrise de celui-ci et réfléchissait déjà à s’orienter vers la médecine.
Kenta appréciait son équipe, et elle progressait vite.
Si bien que quelques années après, le jour où une présence suspecte fut repérée dans la forêt des Fleurs, ce  fut elle qui fut envoyée.

L’équipe Kenta n’eut pas le temps d’arriver au point mentionné avant de rencontrer la dite présence. Quatre personnes ; un sensei, et trois élèves, peut-être à peine plus âgés que Nobuo, Yasushi et Kagome.
Le sensei avait des yeux noirs brillants, et il les plissa pour dire : « Voilà … Mon clan avait raison : il y a un village de ninjas ici … » puis il fondit sur Kenta.
« Je vais plus loin, dit celui-ci, je vous fait confiance. »
Il s’éloigna dans les branches, laissant l’autre le suivre.
Les six élèves se regardèrent. D’un échange de regards, Nobuo et le premier des autres élèves convinrent de descendre au sol.
En le faisant, Nobuo et Yasushi se placèrent devant Kagome. Chacun des trois sortit un kunai. Kagome tremblait.
Les trois ennemis s’étaient placés en formation similaire. Derrière, le plus petit – au regard brun vif -  se tenait en posture offensive. Devant, les deux autres lancèrent une technique :
« Multi-clonage ! »
Une dizaine de ninjas se mit à lancer des shurikens sur l’équipe Kenta. Nobuo et Yasushi protégeaient Kagome, qui ne pouvait réagir assez vite. Puis, le plus petit des ennemis entra en action :
« Doton ! La Bosse inversée ! »
Le sol sous l’équipe Kenta s’effondra. Ses membres sautèrent dans les airs, et Nobuo s’avança :
«  Yasushi ! Protège Kagome ! »

Kagome serrait son kunai à la main, mais ne s’en servait pas. Elle était inutile. Pire encore, Yasushi devait s’occuper d’elle.
Nobuo élimina un clone avec une technique de bois, puis un autre. Puis le sol s’effondra encore plus, et il dût se déplacer là où le sol ne bougeait pas : auprès de Yasushi et Kagome.
La suite se passa trop rapidement pour que Kagome puisse la comprendre. Le flot de shurikens s’interrompit ; Nobuo et Yasushi commencèrent une technique ensemble ; une ombre immense apparut autour d’eux.
« Kagome, fuis ! »
Elle leva les yeux. C’était un rocher, et il tombait sur eux.
Kagome sentit quelque chose la prendre vers la taille et la tirer vers l’arrière. Elle tomba en arrière ; il y eut un bruit de pierre contre pierre et de bois qui se déchire ; et elle reçut du sable et du gravier dans les yeux.
Elle ne voyait rien. Elle ressentait une douleur vague dans ses jambes, sans pouvoir l’identifier. Elle n’arrivait pas à bouger.


Sur le moment, Kenta choisit d’éliminer la menace. Il ne le regretta pas après : il n’aurait rien pu faire d’autre.
« Raiton ! Choc meurtrier ! »
En un flash électrique, les trois élèves ennemis étaient à terre.
Kenta se retourna. Un rocher de plusieurs tonnes avait écrasé ses élèves. Des piliers de bois déchiquetés témoignaient de leur volonté de résister. Puis Kenta remarqua Kagome.
Elle était ceinturée par un pilier de bois, et ses jambes étaient écrasées sous la pierre. Ses yeux étaient ouverts, mais ensanglantés et vides.
Kenta s’approcha d’elle :
« Kagome ? »
Son visage se tourna vers son professeur :
« Sensei, c’est vous ? Je ne vois rien, et je ne sens plus mes jambes ! Sensei, j’ai peur ! »

                                                                                *
                                                                             *    *

Kagome fut acceptée à l’hôpital des Fleurs. Elle ne put retrouver ni la vue, ni l’usage de ses jambes. Kuroko, son cousin, lui rendait parfois visite.
Un vieux conseiller accusa Kenta d’être maudit, mais on lui confia malgré tout une autre équipe. Shinji, Takumi et Rengu.



Chapitre LIX :
Le temps des malédictions – Rengu



Rengu était allé à l’hôpital des Fleurs dès le matin. Là, il avait rencontré le chef-médecin, qui avait accepté de l’entraîner à mi-temps. Rengu, terrifié par Kenta, n’avait pas osé demander un entrainement intensif à l’hôpital qui l’aurait définitivement éloigné de son équipe.
Il rentrait vers le bas du village, souhaitant transmettre au plus vite la nouvelle à son équipe et à sa famille. Peut-être avait-il enfin trouvé avec la médecine une discipline pour laquelle il était doué. Ses parents seraient fiers : le clan Setsuma était encore honorable.
« Oï, Rengu ! »
C’était Shinji, de son équipe.
« Tu vas pouvoir être notre arbitre ! »
Shinji prit Rengu par la manche et l’entraîna avec lui. Rengu protesta, mais il l’ignora :
« C’est l’heure du duel !
_ Du d-duel ?
_ Takumi et moi allons nous battre pour Natsuhana Sayaka !
_ La petite sœur de Kagome ?! Mais pourquoi ?
_ Je veux la demander en mariage, et Takumi aussi. Ce duel, c’est pour nous départager !
_ Mais … vous pourriez lui demander tous les deux et la laisser choisir … »
Shinji ne l’écoutait pas. Rengu et lui étaient arrivés à une petite friche en bordure de village. De l’autre côté de celle-ci, Takumi les attendait.
« Rengu ? Il sera parfait ! »
Shinji et Takumi se positionnèrent chacun à une extrémité du champ.
« M-minna ! Arrêtez, vous êtes fous, vous n’avez pas le droit ! Non !
_ Katon ! La Main de feu !
_ Doton ! Le Poing de pierre ! »
Rengu escalada la barrière de la friche alors que ses camarades s’élançaient l’un vers l’autre.
« Arrêtez ! »
Ils n’écoutaient pas.
Rengu se mit à courir vers leur point de rencontre. Il était trop lent. Il était parti trop tard.
Deux beaux garçons de 16 ans, forts et intelligents, avançaient l’un vers l’autre, une technique à la main. Même s’ils avaient voulu s’arrêter, l’inertie aurait été trop forte. Ils étaient entrainés irrésistiblement l’un vers l’autre.
Ils s’entrechoquèrent.
Chaque technique transperça le cœur de celui à qui elle était destinée. Tandis que le sang giclait, Rengu les rejoint et s’écroula sur les corps, qui tressaillirent, puis s’immobilisèrent.


Pour la seconde fois, Kenta était arrivé trop tard.
Il avait crié sans se faire entendre. La voix cassée, il franchit la barrière de la friche. Il s’approcha des corps, saisit Rengu par le col et le releva. Le garçon était couvert de sang, le visage figé, les yeux exorbités. Kenta tâta les deux autres corps. Leur vie avait fui.
Une foule s’amassait autour d’eux. Kenta essaya de les éloigner, puis secoua Rengu, mais celui-ci ne répondit pas. Il commença simplement à trembler de plus en plus violemment.
A ce moment, Natsuhana Kuroko parut.
« Kenta ! Qu’est-ce que-… ?
_ Ces cons se sont battus en duel pour ta cousine Sayaka avant que je puisse les arrêter.
_ Rengu-… ?
_ … n’a pas pu les en empêcher. »
Kenta devait s’occuper de Rengu, ainsi que des corps de Shinji et Takumi, mais il ne pouvait faire les deux choses en même temps.
« Tu peux t’occuper d’eux ? Il faut que j’emmène Rengu chez Sakae-sama. »
Profitant de la confusion de la situation, il avait pu donner un ordre à Kuroko, qui accepta. Kenta eut un sourire amer.
Alors qu’il emmenait Rengu, celui-ci commença à pleurer silencieusement.

                                                                                *
                                                                             *    *

Rengu était à l’accueil de l’hôpital pour la première fois, juste quelques minutes, lorsque la double-porte du hall s’ouvrit. Quelques feuilles automnales précoces précédèrent trois ninjas. Deux d’entre eux étaient des gardes, le troisième un inconnu, blessé.
« Je-… euh … vous-… »
Rengu avait oublié ce qu’il devait dire.
« On l’a trouvé dans la forêt. Il est blessé. Il n’a pas l’air d’un espion, mais on va rester le surveiller quand-même. »


Le patient mystérieux fut confié à Rengu, par manque de personnel. Celui-ci soigna d’abord son bras puis sa jambe, tous deux cassés. L’inconnu le regardait faire avec intérêt.
« Tu es doué. »
Rengu, qui finissait de nouer un bandage, ne savait pas quoi répondre.
« Je suis médecin aussi. Je vois que tu as une certaine aisance naturelle. »
Rengu regarda le visage de l’homme. Quelques bleus gâtaient ses traits fins et son teint pâle. Ses cheveux argentés étaient maculés de poussière. Ses grosses lunettes rondes, en revanche, étaient intactes.
Rengu tiqua vaguement. Ses lunettes étaient intactes. C’était important.
« Je m’appelle Kabuto, » fit l’homme en remontant d’un doigt ses verres sur son nez.
Les yeux de Kabuto étaient noirs, en amande et bordés de longs cils.
Rengu avait oublié comment parler.

                                                                                *
                                                                             *    *

Kabuto avait raconté qu’il avait été blessé par des voleurs et qu’il n’avait pu se soigner lui-même. Son but était de voyager après ses études, pour découvrir le monde et pouvoir ensuite mieux servir le village du Son.
Après être resté quelques jours en observation à l’hôpital, Kabuto avait exploré le village et sa région. Il avait déclaré son intention de rester quelques mois au village et s’était proposé pour aider à l’hôpital. Il tenait notamment compagnie à Kagome, dont le clan Natsuhana ne voulait pas se charger.


A cette époque, Amaya venait d’échouer une quatrième fois à l’examen de sélection. Kabuto l’avait vite remarquée. Il était devenu ami avec elle, puis, dans une moindre mesure, avec ses parents.

                                                                                *
                                                                             *    *

« Elle doit réussir, cette fois ! »
La voix de Sumiyo avait tremblé. Elle était un peu trop haut perchée, aussi.
Kuroko comprenait la détresse de sa femme, et, jusqu’à un certain point, il la partageait. Toutefois, il ne voyait pas le problème sous le même angle.
« Echouer est humain. »
Sumiyo, qui regardait par la fenêtre, se retourna vers lui. Elle avait les yeux rougis, mais son visage était déterminé.
« Tu sais qu’il ne s’agit pas de ça. Elle doit comprendre les enjeux.
_ Elle a 12 ans.
_ C’est assez pour comprendre.
_ Assez justement pour être terrifiée. »
Sumiyo se mordit la lèvre.
« Alors quoi ? » lâcha-t-elle.
Alors ils devaient attendre et espérer.

                                                                                *
                                                                             *    *

La présentation d’Amaya à l’examen suivant eu lieu peu de temps après. Cette fois, Jun’ichirō y participait aussi. A une heure de l’épreuve, Amaya bégayait déjà et, quelques minutes avant, elle disparut.
Kabuto suivait les événements de très près, sous prétexte de l’anniversaire de la benjamine de la classe. Dès qu’il réalisa le départ d’Amaya, il partit la chercher et, lorsqu’il la trouva, lui dit des mots rassurants.
« Comment réussir si tout le monde autour de toi semble te regarder avec mépris ? Trouve quelqu’un à qui penser. Quelqu’un avec qui tu pourras être toi-même. Tiens-lui la main, et ne la lâche pas. »

Amaya réussit l’examen. Elle s’était vue tenant la main de Jun’ichirō et la force de parler lui était venue. Elle était devenue ninja grâce à Kabuto, mais elle ne le dit à personne. Pas même à lui. Il le savait déjà.

                                                                                *
                                                                             *    *

« Kabuto a disparu. »
La phrase de Sakae résonnait encore dans l’esprit de Kuroko alors qu’il se rendait à l’Hôpital des Fleurs. La réunion des chargés du projet Arme fatale continuait, notamment pour tenter de déterminer ce qu’il savait, mais Kuroko avait une intuition.

« D’habitude, Rengu-san reste toujours un peu à l’hôpital, le soir, mais, aujourd’hui, il est rentré tôt, » l’informa-t-on.


Dans son appartement dans la résidence Setsuma, Rengu reçut Kuroko chaleureusement et écouta ce que celui-ci avait à annoncer.
« … Un espion ? »
Rengu ouvrit de grands yeux étonnés qui se mirent à briller.
« C’est impossible ! »
Rengu, manifestement, ne savait rien. Il croyait profondément à l’innocence de Kabuto. Il était inutile de lui poser plus de questions.
Kuroko remercia rapidement Rengu et retourna à l’hôpital. Il avait une autre piste.


« Salut, cousine, » fit il en entrant dans la chambre.
Kagome tourna sa chaise roulante vers le visiteur.
« Ca faisait longtemps que tu n’étais pas venu, Kuroko. J’aime quand tu me rends visite.
_ Je viendrai plus souvent.
_ Tu es tendu. … Quelque chose ne va pas ? »
Bien qu’aveugle, ou justement à cause de cela, Kagome sentait des choses que les autres ne voyaient pas. Kuroko l’appréciait, car elle semblait le comprendre. C’était probablement réciproque.
« Kabuto a disparu.
_ Disparu ?
_ Comme s’il s’était envolé.
_ Pourquoi ? Se pourrait-il que ce soit un espion, finalement ?
_ Qui sait. »
Kagome sembla soupirer :
« Il était trop parfait. »
Elle venait de décrire exactement ce que Kuroko, et probablement tout le village, ressentait.
« Kabuto a passé beaucoup de temps ici, continua Kagome, mais je doute pouvoir t’apprendre quoi que ce soit. Il me décrivait simplement les couleurs des jeunes fleurs d’été … »



Chapitre LX :
Le temps des malédictions – Amaya



« Kenta, commença Sakae, on parle de malédiction de tes élèves. Toujours deux périssent et le troisième survit.
_ Je ne suis pas responsable de la personnalité de mes élèves.
_ Je te comprends, mais tu n’as plus droit à l’erreur. Amaya a besoin d’un sensei.
_ Je suis honoré que vous me confirmiez votre confiance. »
Sakae avait longuement soupesé cette décision avec le Conseil. Elle ne voyait pas de meilleure solution que de donner l’équipe d’Amaya à Kenta, mais elle n’était pas entièrement confiante.
« Rappelle-toi simplement qu’elle est une personne à part entière, ajouta-t-elle.
_ Que voulez-vous dire ?
_ Je ne voudrais pas, par exemple, que tu confondes la mère et la fille. »
Un éclair passa dans les yeux de Kenta :
« Je sais très bien la différence. »

Sakae le congédia, puis ajouta pour elle-même :
« J’espère que tu sauras aussi la différencier de son père … »
Elle regarda une fois de plus la composition de l’équipe. Amaya y était en compagnie de Jun’ichirō et de Rinri. Le premier état un garçon brillant ; Sakae espérait une émulation entre Amaya et lui. Le second était modérément doué – c’était le fils de Yūichiro – mais il avait la tête sur les épaules : il pourrait si nécessaire aider les deux autres à ne pas s’emballer.
Lorsqu’il était jeune, Kenta aussi avait eu un bon sensei. Si bon que, en quelques années, les trois élèves étaient entrés dans les Forces spéciales. Puis, Chikanori avait entrainé l’équipe de Kuroko, Sumiyo et Yūichiro. Tout semblait aller si vite …

                                                                                *
                                                                             *    *

Ce fut presque un an plus tard qu’on annonça l’attaque d’une étrange armée.
Les Fleurs n’avaient plus connu de bataille pareille depuis longtemps. Personne ne savait vraiment qui étaient ces ennemis, mais leurs intentions destructrices étaient évidentes. Ils étaient vêtus de noir, avec des masques, des capes et des capuches. On ne pouvait les identifier.
Kuroko et Sumiyo avaient isolé une frange de ces ennemis, et ils les éliminaient rapidement. Individuellement, les hommes masqués étaient faibles. Kuroko créait les portails et Sumiyo entrainait ses adversaires dans des paradoxes et les achevait, les noyant, les découpant ou les électrifiant.
L’un des masques, plus résistant que les autres, sortit d’un portail derrière Sumiyo. Elle s’engouffra dans une porte apparue devant elle et se retrouva derrière Kuroko. Le masque était quelques mètres devant elle ; elle l’abattit avec un raiton.
« C’est fini, ici, » fit Sumiyo.
L’entrelacs des portails disparut peu à peu ; ne restèrent que des corps.
Sumiyo jeta un regard au gros des forces des Fleurs :
« Les nôtres ont reculé. Dépêchons. »
Elle s’apprêtait à courir, mais sentit que Kuroko ne la suivait pas.
« Qu’y a-t-il ? » demanda-t-elle en se retournant.
Kuroko était penché sur un cadavre dont il avait retiré la capuche :
« Viens. »
Sumiyo analysa rapidement la bataille. La situation était inquiétante, mais loin d’être désespérée. En revanche, le ton de Kuroko était intrigant. On eût dit que sa gorge était nouée.
Sumiyo s’approcha et se pencha sur le mort :
« C’est-… »
Sumiyo porta sa main à sa bouche, écœurée. L’homme était maigre et pâle. Des traces de chaines marquaient son cou. Sa peau était sale, et il ne s’était pas rasé depuis plusieurs jours. Mais, surtout, il avait des branchies. La cicatrice autour de celles-ci s’était infectée : il en sortait du pus.
Kuroko inspectait les autres cadavres :
« Ils sont tous comme ça. »
Sumiyo se mit à faire de même, listant les atrocités qu’elle découvrait :
« Des cicatrices … des yeux de chat … On ne peut pas enlever ce masque-ci …
_ Il y a des enfants. »
Sumiyo se redressa :
« Mais qui peut bien faire des choses pareilles ? »
Kuroko ne répondit d’abord pas, puis lâcha :
« Plus vite on en aura fini, plus vite on trouvera celui qui a réalisé ces expériences.
_ Allons-y ! »

Au milieu de la bataille, Sumiyo et Kuroko retrouvèrent le père de ce dernier, Shinichi.
« On recule ! leur dit-il. Ces types sont souvent faibles, mais il y en a trop ! »
Un parterre de roses poussa dans la terre devant lui, et les fleurs enserrèrent les hommes masqués devant lui jusqu’à leur percer la peau. Ils moururent empoisonnés.
« Nous pensons qu’il s’agit de cobayes, fit Kuroko en commençant un nœud de portails.
_ Des cobayes ?
_ Des sujets d’expérience.
_ C’est bizarre … Ah, en parlant d’expériences, Kenta est arrivé.
_ Kenta ? demanda Sumiyo.
_ Oui. Avec son équipe. »
Kuroko et Sumiyo se regardèrent, inquiets.
« Amaya-… commença Sumiyo.
_ Kenta ne la laissera pas seule.
_ Kenta est faillible. Ils doivent être là-bas ; allons-y. »
Kuroko regarda son entrelacs de portails. Il défit quelques portes et en créa d’autres, cartographiant précisément le champ de bataille dans son esprit. Ses créations étaient d’autant plus dangereuses qu’elles étaient complexes.
Le couple franchit d’un pas le parterre de roses empoisonnées ; un homme masqué les approchait :
« Katon ! »
Kuroko sourit tristement en voyant la faille : le feu ressortit juste derrière la tête de l’homme, qui mourut brûlé.
Sumiyo avança un peu, tout en surveillant les arrières de Kuroko. Celui-ci devait rester concentré sur son labyrinthe ; il ne pouvait pas toujours se défendre.
Elle envoya un ras-de-marrée dans un portail sous elle : l’eau ressortit quelques mètres plus loin, au dessus d’un homme en masque de démon qui se noya. Un portail apparut devant elle : Kuroko avait vu quelque chose et lui demandait d’intervenir. Elle passa de l’autre côté, et vit Yūichiro étranglé par deux masques. Elle chargea du chakra électrique dans chacune de ses mains et électrifia ses assaillants.
« Merci ! dit-il en reprenant son souffle. Tu tombes toujours à pic ! »
Sumiyo ne l’écoutait pas. Elle revint auprès de Kuroko, profitant d’une fenêtre dans l’espace pour éliminer un homme qui s’était trop rapproché de lui.
Kuroko regardait au loin à travails une série de portails, certains pas plus grands que la main. Amaya fuyait, seule, poursuivie par plusieurs hommes.
« Non ! »
Sumiyo chercha l’origine de ce cri avant de reconnaitre sa propre voix. L’espace d’un instant, tout se brisa en elle. Amaya. Sa fille. Sa fille unique. La fusion de Kuroko et elle. La chair de sa chair. L’espoir du village. Son enfant.
« Amaya ! »
Elle sauta à travers le premier portail sans attendre.
Derrière elle, Kuroko criait.
Sumiyo chuta plusieurs mètres plus bas, mais elle se releva sans hésiter. Le portail suivant était trop petit pour qu’elle puisse le franchir ; elle devait trouver un autre moyen. Elle voyait Amaya, tremblante, serrée contre un rocher.

« Sumiyo, écoute-moi ! »
Si Sumiyo trouvait la porte suivante, elle était perdue. Déjà, un homme masqué s’était perdu dans un paradoxe, écartelé dans un portail à double sortie.
Kuroko chercha une autre faille dans l’espace, mais il en avait déjà exploité la plupart à cet endroit. Il ferma un portail en boucle infinie, créa sans le vouloir une boucle de trois portails, chercha un raccourci, créa un détour …
Une goutte de transpiration descendait le long de sa tempe. Sumiyo se rapprochait dangereusement.
Kuroko devait créer un portail direct, mais, pour cela, il lui fallait une faille.
Amaya avait grimpé sur le rocher.
Une faille. Petite. Tordue. Elle devrait faire l’affaire. Kuroko devait l’agrandir assez pour faire un portail à taille humaine.
Un bruit derrière lui. Il se retourna et reçut une hache dans le cœur.

Le portail vacilla tandis que Sumiyo mettait un pied au travers. Elle avait déjà vu ces signes, mais elle courait trop vite pour s’arrêter. Il y avait trois portails en succession rapide. Elle les aurait tous franchi dans quatre secondes.

Des yeux couleur d’eau triste fixaient Kuroko sans le voir tandis qu’il tombait à genoux. Il cherchait à bouger ses mains et ses bras ; les spasmes de ses doigts séparés parodiaient des sceaux. En tentant de se retourner, Kuroko tomba sur ses talons.
Il hoqueta du sang et murmura :
« Les portails vont se fermer … Sumiyo-… »
Il s’écroula sur le côté, une mèche de cheveux, noire sur sa peau blanche, cachant la mer dans ses yeux presque éteints.

Au dernier portail, Sumiyo ferma les yeux, aveuglée par la lumière qu’il diffusa. Elle sentit une immense douleur dans tout son corps, et elle tomba. Elle ne sentait plus son côté droit.
Elle ouvrit les yeux. Les parties manquantes de son corps étaient délicatement déposées à quelques mètres. Elle ressentait une vague nausée.
Si les portails avait disparus, cela voulait dire que Kuroko avait perdu conscience. Il était mort. Pour Sumiyo aussi, c’était la fin.
De l’autre côté, elle vit Amaya, tout près, debout sur un rocher. Sumiyo voulait crier, mais le sang s’était accumulé dans sa bouche. Sa conscience vacilla.
« Raiton ! La Vengeance des dieux ! »
Sumiyo vit les éclairs, puis tout devint noir.
« Amaya … Tu as réussi … »



Chapitre LXI :
Amaya des Fleurs



Kenta ouvrit les yeux au moment où Amaya s’écroulait : il la vit tomber comme une masse. Il se redressa douloureusement, regarda autour de lui et vit qu’il était seul. Il n’avait pas besoin de vérifier les corps. Le silence s’était établi dans l’odeur de chairs brûlées.
Kenta se leva. Il avait survécu surtout par chance. Il avait planté un katana ennemi en terre au moment de l’attaque, et la plus grande partie de l’électricité s’était échappée dans le sol.
Kenta s’approcha d’Amaya. Se pouvait elle que cette technique soit de son fait ?
Elle était évanouie, épuisée et sûrement vidée de son chakra. Elle n’avait, autant que Kenta puisse en juger, que des blessures superficielles.
Kenta leva les yeux et reconnut, à quelques mètres, le corps mutilé de Sumiyo. Il se précipita à ses côtés. Il reconnaissait ses blessures : Sumiyo passait à travers un portail lorsque celui-ci s’était fermé.
Elle semblait respirer faiblement.
« Sumiyo ! Sumiyo, réponds-moi ! »
Kenta voulait la secouer par les épaules, mais, au dernier moment, il se retint, gardant ses mains crispées sur elle.
« Tiens bon, les secours vont arriver … Ca va aller … »
Les cils se Sumiyo papillonnèrent lentement, puis elle entrouvrit les yeux. Elle avait des pupilles magnifiques, faites de pétales et de paillettes de couleurs, mais déjà elles étaient ternies par la mort.
Ses lèvres tremblèrent :
« Amaya … est-elle vivante ? »
Kenta hocha la tête.
Sumiyo sourit :
« Yokatta … »
Ses yeux se fermèrent, et elle ne bougea plus.
« Sumiyo, non ! T’es plus forte que ça ! »
Il prit le corps dans ses bras et le serra contre lui. Puis il entendit les secours qui arrivaient du village, et il reposa doucement le corps de la femme.
« Non ! » cria-t-il, tapant du poing contre le sol.


La conscience de Kuroko fut un instant rallumée par le choc.
« Sumiyo … Baka … si tu savais combien de fois j’ai voulu te dire … combien je t’aime … »
Des formes noires passaient devant la vision de Kuroko. Alors qu’il avait toujours cherché à parler le moins possible, il ressentait le pressant besoin de s’exprimer, de trouver une épitaphe avant le néant.
« Amaya … Vis … Heureuse, et libre ... »

                                                                                *
                                                                             *    *

« Kuroko est mort. »
Chikanori était entré sans frapper. La pièce sentait le renfermé et les médicaments. Les rideaux tirés ne laissaient passer qu’un rayon de lune hésitant qui dansait sur la poussière en mouvement.
A ses mots, la femme dans le lit se redressa :
« Non. »
Elle commença des signes, mais Chikanori posa ses mains sur les siennes :
« C’est trop tard pour ton fils, Madoka. »
La femme retomba sur son oreiller.
Chikanori ouvrit les rideaux au-dessus du lit. Madoka avait fermé les yeux. La lumière de la lune faisait luire sa peau blanche. De longues mèches de cheveux blonds-rosés et gris s’éparpillaient autour de son visage. Elle était très maigre.
Chikanori s’assit sur le lit et posa sa main sur les doigts décharnés de la femme.
« Sumiyo est partie aussi.
_ Pauvre petite.
_ Amaya est à l’hôpital. Elle va bien, mais elle ne s’est pas encore réveillée. »
Madoka sembla soupirer.
« Tu es sa seule famille, maintenant. »
Madoka ouvrit les yeux et lui lança un regard empli de reproches.
« Ton mari n’est plus, » y répondit Chikanori.
Le regard de la femme changea, et sa voix se voila :
« C’est trop tard, maintenant. »
Chikanori serra sa main.
« J’ai fait un rêve, reprit-elle. Amaya était emportée au loin, et rien ne pouvait la ramener. Ne la laisse pas partir, Chikanori. A aucun prix. »
Ses grands yeux aqueux le fixaient intensément.
« Je te le promets. »
Madoka sourit et ferma les yeux.

En quittant la résidence des Natsuhana, Chikanori savait qu’il laissait derrière lui une femme morte.

                                                                                *
                                                                             *    *

Une nouvelle fois, la pièce dans laquelle entrait Chikanori était sombre. En revanche, cette fois, il avait frappé.
Kenta était debout, seul, dans la faible lumière lunaire. Pendant un court instant, Chikanori et lui se mesurèrent du regard.
« Allume la lumière, » demanda le premier.
Kenta maintint son regard pendant une fraction de seconde, puis il se dirigea vers l’interrupteur. Il appuya, et un flot de lumière blanche inonda l’appartement.
C’était le milieu de la nuit. La bataille était finie depuis longtemps. Il y avait eu une réunion des responsables du projet Arme fatale, mais Kenta n’en avait pas été informé. Il s’était en revanche lavé et changé, mais Chikanori lisait encore dans son regard comme une urgence. Dans la pièce, tout était à sa place, sauf un cadre de photo au verre brisé, sur le sol. Chikanori n’avait pas besoin de s’approcher pour reconnaître l’image. C’était un tirage de groupe découpé, où seul subsistait le visage de Sumiyo.
« Lorsque le sujet sera rétabli, il y aura un procès, annonça Chikanori. Tu y assisteras. Toute référence au projet serait … dommageable. »
Il n’attendit pas l’assentiment de Kenta et s’en fut.

Tremblant de rage, Kenta donna un coup de pied dans le verre brisé au sol.
Si seulement il avait su- …

                                                                                *
                                                                             *    *

« Amaya … soupira Sakae pour ouvrir le procès.
_ Sais-tu pourquoi tu es ici ? commença Chikanori. Réponds franchement !
_ Je ne sais pas, » répondit Amaya.
Des murmures indignés agitèrent la pièce, alors elle se dépêcha d’ajouter :
« Mais je l’imagine ! C’est lié à la Vengeance des dieux, n’est-ce pas ?
_ « La Vengeance des dieux » … répéta Chikanori. Alors c’est comme ça que tu as appelé cette chose ? Qui t’a expliqué cette technique et t’a dit de l’utiliser ? C’est Kenta, ton sensei, n’est-ce pas ? »
Kenta tentait de garder un air neutre, mais il ne comprenait pas. A quoi jouait Chikanori ? Etait-ce un rôle ?
« J’ai inventé la Vengeance des dieux moi-même, dit enfin Amaya. Je n’en ai parlé à personne, et c’est uniquement la peur de la mort qui m’a poussée à en faire usage. J’ignorais sa puissance, et je l’ignore encore aujourd’hui, puisque j’ai été placée en quarantaine et qu’on me juge sans m’informer de mes torts ! »
Kenta la vit s’essuyer les yeux. Il commençait à comprendre. Le procès se déroulait devant l’ensemble du Conseil. Chikanori voulait s’assurer de la loyauté de tous, et surtout de l’Arme, mais à mots voilés, pour que seuls les initiés en comprennent les implications.
« Et je n’ai même pas l’âge pour assister à cette réunion ! s’écria Amaya. Je veux mon père et ma mère avec moi ! »
A ces mots, tous se turent, et Kenta se sentit frémir. Amaya ne savait pas.
Comprenant la vérité, elle tomba à genoux et se serait écroulée sur le sol si Kenta ne s’était pas précipité pour la soutenir. Il la remit sur ses pieds et, la tenant par les épaules, déclara :
« Moi, Satou Kenta, ninja né au village des Fleurs, je me porte garant de l’honnêteté et de la bonne foi de mon élève ! »
Ce fut une confusion inouïe. La plupart des conseillers se levèrent et crièrent des insultes à l’encontre de Kenta et certains menacèrent même de quitter le service du kage à l’instant.
Sakae-sama se leva de son bureau et intima à tous de se taire et de s’asseoir, ou de quitter la salle, mais aussi le village. Le silence se fit et les ninjas refluèrent vers leurs bancs. Au centre de la pièce ne restait que l’ilot formé par Kenta et Amaya, celle-ci toujours soutenue par son sensei. Le kage se rassit :
« Tu as raison, Amaya. Je t’ai traitée comme une menace, alors que tu étais une enfant. Malheureusement, l’enfance de certains se termine avant celles des autres. Et si tu es adulte, tu dois être traitée comme telle. Tu as le droit de savoir. »
Sakae fit une pause pour s’assurer qu’aucun de ses conseillers ne voulait la contredire, mais ceux-ci avaient pris le parti de se taire. Kenta pouvait sentir l’influence de Chikanori dans toute cette manipulation psychologique.
« Amaya-chan, il n’y a que deux personnes qui ont survécu à ta Vengeance des dieux, et elles se tiennent toutes deux devant moi. Nous n’avons pas pu identifier tous les corps, mais tes deux compagnons dans l’équipe Kenta ainsi que tes parents ont disparu ce jour-là. Les funérailles des trente-et-un ninjas des Fleurs morts ont déjà eu lieu. … Les survivants, ce sont Kenta et toi. »
Amaya se dégagea de son sensei et fit un pas en avant. Sa voix trembla quand elle cria :
« Et vous pensez vraiment que j’aurais tué mes parents ? J’ai voulu sauver ma misérable peau, et j’ai … j’ai … je n’ai plus personne ! Qui ferait ça ? Et si j’avais voulu affaiblir le village, pourquoi exterminer une armée ennemie ? Pourquoi ne pas entrer dans ce bureau et faire ce jutsu ici pour plutôt détruire le village ? »
Kenta regardait le sol.
« Si personne n’a su l’existence de ce jutsu, c’est parce que je n’en ai parlé à personne ! Et si je n’en ai parlé à personne, c’est parce que je m’entrainais seule ! Et si je m’entraine seule, c’est parce que Kenta refusait de le faire ! Et, ça, c’était parce que je suis trop faible ! Kenta s’en fiche que je sois capable d’inventer un jutsu aussi puissant, parce qu’il me trouvera toujours faible ! Oui, je pleure quand il sort son kunai et m’attaque avant que je puisse réagir, mais je ne suis pas restée comme ça ! Je serai plus forte que lui ! Un jour … un jour, je pourrais l’écraser ! … Mais je ne le ferai pas. Parce que, moi, j’ai compris que ça ne sert à rien d’humilier les plus faibles que soi. »
Sakae regarda Kenta, qui comprit sa question à venir. Son acte de contrition devait être public, pour que le village retrouve la paix.
« Oui, Sakae-sama, sa colère est fondée et c’est moi qui suis, indirectement, la cause des malheurs du village. Amaya n’est pas quelqu’un que j’ai pris du plaisir à entrainer. C’est une élève renfermée, qui progresse par à-coups parfois très espacés dans le temps. Elle a les défauts d’une fille. Elle est trop émotive, surtout. Je n’ai jamais regardé vraiment ses talents, mais je vois désormais qu’elle en a. Elle est passionnée et motivée. Elle a énormément de chakra. Et, surtout, elle a un don pour l’invention de techniques.
_ Kenta ! hurla Chikanori. Tu as avoué ! Tu as avoué que tu es son complice ! Sakae-sama, ces deux ninjas devraient être chassés du village, s’ils ne sont pas exécutés ! Ils ont joué avec la sécurité de tous les habitants, ont fait mourir certains de nos plus valeureux ninjas ! Ces actes immondes ne peuvent leur être pardonnés ! Ce sont des criminels ! »
Un murmure d’approbation parcourut les bancs, quelques conseillers applaudirent. Kenta ne put s’empêcher d’apprécier les talents de comédien de son ancien sensei. Amaya recula d’un pas, et Kenta lui murmura :
« Sakae-sama ne les laissera pas faire. Aie confiance. »
Après quelques instants de réflexion, le kage se leva. Elle posa ses yeux sur Amaya et Kenta.
« J’ai pris ma décision. Amaya-san, tu ne porteras plus le nom avec lequel tu es née. A partir d’aujourd’hui, tu t’appelles Amaya des Fleurs, pour ne pas vivre avec un nom que tu aurais déshonoré, et tu seras ainsi rappelée chaque jour de ce que tu dois à ce village. Tu reprendras ton entrainement avec Kenta, mais, cette fois, je vous surveillerai étroitement. Vous serez soumis à des règles strictes concernant les types de jutsu que vous pourrez utiliser. Cette surveillance sera effectuée par les services secrets, et ce jusqu’à nouvel ordre. Voilà mon jugement. »
Amaya se retourna, serra Kenta dans ses bras et l’embrassa sur chaque joue. Il ne comprenait plus rien.
Chroniques de cristal - Arc 17 (2/2)
Arc 17 : Le chaînon manquant
Ceci est un arc flashback où l'on aura l'occasion de découvrir Sumiyo, la mère d'Amaya, et les autres ninjas de sa génération.
Cet arc est la seconde moitié de l'arc n°17 (de l'ensemble Seconde Vie + Chroniques de Cristal). Les Chroniques de cristal sont la seconde partie de la Seconde Vie de Deidara.
La seconde Vie de Deidara (et les Chroniques de cristal) raconte la vie de Deidara après sa mort dans le manga et l'anime à la suite de son combat contre Uchiha Sasuke. Evidemment, pour que cette fanfiction tienne la route, je suis obligée de ne pas être canon avec l'oeuvre originale. Je suis à peu près fidèle jusqu'à l'épisode 371 de l'anime inclus (à part qu'il ne peut pas y avoir d'edo tensei de Deidara, évidemment). Et puis, depuis quelques temps, j'ai un peu dit fuck à Shippuden, parce que j'ai pas envie de passer 100 ans sur cette fanfic non plus.

Voici les liens pour les arcs précédents :
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Freeze-To-Death

Artist | Hobbyist | Varied
France
That's a photo. Of me. Distorted with the Gimp.


So, appart from that, I just wanted to say that, apart from drawing and writing, I especially like to sing.

So thanks for reading and please visit my gallery.
Interests
(version française à la fin)



The title is a play on words. It can be translate as "love is an inspiration" but also "an intake of breath"

More seriously, I haven't posted updates very often, but I don't really have much to say.

I've been working on my fanfiction, but it's in French, so, if you're reading this, you probably don't care.
I've also started working on artistic projects that aren't linked to Deviantart, like a musical and my Youtube cover channel. I don't want to spoil too much for you. All I'll say is that I'm working with friends on the general plot of the first and on the instrumental part of a first video for the second (if that's clear).
I also have drawings to finish and/or edit, but I don't see that happening any time soon. ^^'

Love you guys!



Je n'ai pas posté de journal depuis quelques temps, mais je n'ai pas grand-chose à dire.

J'avance (lentement, certes) sur La seconde Vie de Deidara (ma fanfic). J'aimerais la finir bientôt, mais l'anime de Shippuden n'avance pas, et j'ai besoin de celui-ci pour bosser.
J'ai aussi commené à bosser sur des projets artistiques séparés de Deviantart, comm une comédie musicale et une chaîne Youtube de covers. Je ne veux pas trop vous spoiler, mais je dirai juste que j'ai commencé avec des amis à travailler sur l'intrigue de la première et sur la partie instrumentale d'une première vidéo pour la seconde (si c'est clair).
J'ai aussi des dessins à finir et/ou éditer, mais je ne sais pas trop quand ça va se faire. ^^'

Je vous aime les gens !
  • Listening to: Phantom Blood
  • Reading: lots of serious stuff
  • Watching: Romeo x Juliet
  • Playing: Slime Rancher
  • Eating: healthy shit

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:icondessinateur777:
dessinateur777 Featured By Owner Apr 27, 2016  Professional General Artist
Bowananiversaireuh!
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:iconfreeze-to-death:
Freeze-To-Death Featured By Owner Apr 27, 2016  Hobbyist General Artist
Mercii !
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:iconcaru-ra:
Caru-Ra Featured By Owner Mar 5, 2016  Hobbyist Digital Artist
Thank you for the fav ^^
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:iconfreeze-to-death:
Freeze-To-Death Featured By Owner Mar 6, 2016  Hobbyist General Artist
My pleasure ^^
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:iconmellodee:
Mellodee Featured By Owner Dec 12, 2015   Digital Artist
Thank you very much for the fave! :)
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